Légendes tibétaines et le Lhassa Apso : petit chien lion sacré du Tibet

Le chien lion dans la peinture tibétaine Parce qu’elle n’est mentionnée nulle part dans les textes religieux, l’existence des apsos et surtout leur présence quasi normale dans les monastères, reste entourée de mystère et de contradiction. Il semblerait que les lamas entretenaient des relations privilégiées avec leurs apsos qu’ils considéraient comme sacrés. Leur croyance en la réincarnation les auraient incités à perpétuer la tradition instaurée par le guru Padma Sambhava en souvenir de la légende de Bouddha.
… La légende raconte qu’un jour Bouddha qui errait depuis plusieurs jours dans la forêt, aurait été guidé sur le chemin du retour par d’étranges petits chiens à la crinière de lion. Les lamas frappés par leur ressemblance avec le lion mythologique, décidèrent de les garder. Mais ce serait le Guru Padma Sambhava vers 750 qui aurait instauré la tradition dont le but était de préserver ces petits chiens lions dans les monastères du Tibet, pour le retour éventuel du Bouddha Gautama. Hors, la transmigration des âmes est une notion de la religion tibétaine Bon-Po préexistante au lamaïsme. De plus, la religion Bon était essentiellement animiste ! Faut-il interpréter le symbole du lion comme un vestige de la religion Bon ? Quoi qu’il en soit depuis des siècles, les Grands Lamas tibétains ont eût à cœur de préserver ces adorables petites créatures à poils longs qu’ils appelaient « Gompa apsos ».

un lhassa apso allongé

Tangkas Le chien lion dans la peinture tibétaine

Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui , c’est de savoir si à un moment ou à un autre de l’histoire, ces chiens ont réellement été considérés comme sacrés et pour quelle raison ?
En 1935, dans son livre « Nowhere Else in the world », Gordon Enders relate sa première rencontre avec le Pan-chen Lama qui abrite dans ses quartiers privés un couple d’apsos , un mâle clair et une femelle noire qui attirent son attention. La manière dont sont traités ces petits chiens, nous amène à penser qu’ils sont beaucoup plus qu’une simple fantaisie de grand prêtre. Si avant les événements de 1959, on pouvait encore apercevoir des apsos en dehors des monastères, après l’invasion chinoise il a certainement fallu les cacher et là encore, on constate une véritable volonté de sauvegarde !… Le meilleur moyen de détruire une culture, n’est-il pas de s’attaquer à ses symboles. Beaucoup de questions subsistent encore quand à la véritable place du lhassa apso dans la culture tibétaine. Elles resteront peut-être encore longtemps sans réponse mais c’est peut être ce qui le rend si spécial à nos yeux hormis sa grande beauté et sa tendre personnalité.

Comment une petite boule de poils a pu susciter autant d’intérêt ? D’autres se sont posés la question avant moi en particulier l’éleveur canadien Gérald d’Aoust qui dans les années 80, partît faire des recherches en Indes et au Népal. En 1984, il fît la connaissance à New Delhi d’un antiquaire de Sundarnaggar qui tenait boutique au fond d’une cour près du Red Fort hôtel . Ce fût une rencontre plus spirituelle que commerciale. Dans la lumière tamisée au milieu d’étoffes antiques où bouddhas et autres déités indiennes se côtoyaient, quelques acheteurs et vendeurs venus de contrées voisines monnayaient quelques vieilleries. Ne trouvant rien qui ne valait la peine de dépenser quelques dollars à ses yeux , Gérald

d’Aoust vînt saluer l’antiquaire qui se plaignait des breloques dont il venait de faire l’acquisition , cela tenait juste dans un petit baluchon de tissus tibétain poussiéreux. « Ca vient d’un monastère Tibétain » dit-il , un peu désabusé ! Cela vous intéresse ? A l’intérieur se trouvait un médaillon et des amulettes…… qui appartiennent aujourd’hui à G. d’Aoust. Ces amulettes connues au Tibet sous le nom de «Tougchas» qui veut dire «choses tombées du ciel» seraient vieilles de plus de 1000 ans. Elles représentent de petits chiens couchés dans une position très commune aux apsos, et nous donnent une fois encore matière à réflexion. Mais néanmoins, l’existence de ces petites amulettes nous confortent dans le sentiment d’un profond attachement à ces petites bêtes. Tous ces faits nous permettent de constater que les tibétains ont réussi

Tougchas – Amulettes tibétaines à travers des siècles d’histoire, à préserver ce petit animal énigmatique, alors qu’il n’a pas fallu cent ans à nos clubs canins occidentaux, pour en effacer les caractères purs et distinctifs de son type d’origine. Dans notre société moderne où l’homme en quête de spiritualité cherche son chemin entre rêve et réalité, le chien et en particulier le lhassa apso reste avec certitude le meilleur ami de l’homme et cela n’est pas une légende !

Représentation des animaux dans la mythologie lamaïste

Le lion des neiges réside à l’Est et représente la joie inconditionnelle, la tranquillité de l’esprit, la sérénité. Il a la beauté et la dignité qui découlent d’un corps et d’un esprit en parfaite symbiose. Le lion des neiges possède la jeunesse, l’énergie vibrante de la bonté et un sens inné du plaisir. Parfois, le trône de Bouddha est dépeint accompagné de huit lions des neiges, représentant dans ce cas les huit disciples-Bodhisattva de Gautama Bouddha, le bouddha historique. Le lion est associé au courage, à la domination des montagnes et à la Terre » Il devient l’animal légendaire du Tibet sous le règne du roi Songtsen Gampo. Il incarne les valeurs de courage et de gaieté et symbolise la vivacité, une des quatre dignités de la voie de Shambhala et un des quatre éléments (on lui associe la Terre) avec le dragon, le tigre et le garuda. C’est au Xè siècle que l’on voit apparaître dans le calendrier, sous l’influence des adeptes du kalacakra, les cinq éléments (djoungwa) : le Bois (Shing), le Feu (Mé), la Terre (Sa), le Métal (Tchak) ou Fer, et l’Eau (Tchou).

Lungta Le royaume de Shambhala

C‘est un royaume éveillé où les monarques et leurs sujets sont de courageux et bienveillants guerriers. Réel ou mythique ? Royaume septentrional de nature mystérieuse sur lequel règne une dynastie liée à Kalachakra

 

La tradition Shambhala

Pour aller en haut de page Elle repose sur la confiance en la nature éveillée de tous les êtres, « la bonté fondamentale », et en la capacité à s’accorder à l’énergie du non-égo, « chevaucher le cheval de vent », pour apprécier la santé et la dignité de notre vie. Elle enseigne une attitude de responsabilité courageuse vis à vis du monde dans lequel nous vivons, fondée sur la sagesse et la compassion.

Les Quatre dignités

Pour aller en haut de pageLes symboles traditionnels des quatre dignités : le tigre, le lion, le garuda et le dragon, qui sont aussi les 4 qualités fondamentales de notre propre esprit.

Le tigre apprécie la vie telle qu’elle est, chaque situation telle qu’elle se présente, au-delà des concepts, vertu capitale pour prendre de bonnes décisions.

Le lion des neiges est naturellement bienveillant, il nous enseigne la vertu de la discipline de faire passer les autres avant soi-même.

Le garuda, parce qu’il se relie à la vérité de l’impermanence, est au-delà de la perte et du gain, de la peur et de l’espoir : il manifeste l’intrépidité.

Le dragon qui représente l’énergie du non-ego : l’esprit qui connaît sa propre profondeur est capable de voir la brillance et la magie du monde.

Les symboles dans le calendrier tibétain

Roue de l’existence (peinture) D’après la légende, le premier roi du Tibet serait descendu du ciel près de Tsetang (Tsethang ou Tsedang). La vallée du Yarloung demeura le cœur du Tibet jusqu’au 7è siècle, avant que le roi Songtsen Gampo ne transfère sa capitale à Lhassa. C’est à partir de cette époque que le système des animaux commence à exister sous l’influence des maîtres spirituels de la princesse chinoise Wenchen qui épousa le roi Songtsen Gampo.
Ce système constitue naturellement un cycle duodénaire de 12 animaux que l’on retrouve aussi bien dans les années que dans les mois, jours et heures. Les douze animaux en question sont successivement et dans l’ordre :
le Lièvre (Yö), le Dragon (Drouk), le Serpent (Trül), le Cheval (Ta), le Mouton (Loug), le Singe (Tré),l’Oiseau (Tcha), le Chien (Khyi), le Cochon (P’ak), la Souris (Tchi), le Boeuf (Lang), le Tigre (Tak).

Les animaux dans les légendes tibétaines

La légende du Panda

Pour aller en haut de pageLe panda « Il y a bien longtemps, dans les hautes montagnes du Tibet et du Sichuan, vivaient les Pandas…
Mais ces derniers n’étaient pas exactement comme leurs descendants aujourd’hui. Non, ils avaient la tête toute blanche. Ce territoire était aussi celui d’un royaume humain. Dans ce dernier, une très belle princesse vivait. Fierté de son père et de son peuple, on disait d’elle que sa beauté était si grande qu’elle aurait tourner la tête à toute personne la croisant, homme ou femme. Personne ne pouvait résister à son charme. Même la plus humble des soies sur elle, semblait tel un lourd et riche brocard; les plus humbles sandales qui ornaient ses pieds ne semblaient plus jamais toucher terre, comme s’ils étaient fait de nuages.

La merveilleuse princesse avait cependant une faiblesse, elle aimait se promener dans tout le royaume parcourant campagne et forêt, faisant trembler d’effroi son père le roi pour sa sécurité. Malgré cela, un jour, fuyant la lourde chaleur du soleil estival, elle s’aventura dans la forêt. Un détour d’un sentier, elle entendit un bruit. Laissant sa curiosité l’emporter sur l’instinct qui lui parlait d’un grand danger, elle s’avança très

silencieusement vers le son. Et là, au coeur de la dense forêt de bambous, elle vit un petit panda, tout jeune et abandonné, face à un terrible tigre affamé. Tétanisé de peur, le petit ours – chat (« xiongmao » en chinois veut dire l’ours – chat et désigne le panda) ne pouvait s’enfuir.

N’écoutant que son bon cœur, la princesse se jeta sur le bébé panda et le sauva d’une mort certaine. Retrouvant toute sa réactivité, le panda s’enfuit se mettre à l’abri. Mais l’intrépide princesse se retrouva devant le tigre sans réelle possibilité de s’échapper. Le félin, trouvant une autre proie à la place de la première, ne se fit pas prier pour commencer son déjeuner.

Quand des jours plus tard, les gens de son royaume retrouvèrent ce qui restaient de la princesse, ils lui offrirent un bûcher pour un semblant de cérémonie funèbres. Au bord de la forêt, le petit panda pleurait, pleurait la mort de la princesse. Et lorsque le bûcher ne fut plus que cendres, les villageois partis, il s’approcha et pria pour celle qui lui avait sauvé la vie. De douleur et de chagrin, il se frotta alors les yeux et les oreilles avec les cendres et demanda aux Dieux de lui permettre ainsi de porter le deuil de la princesse.

C’est ainsi que depuis, tous les panda ont les oreilles et le tour des yeux noirs, en mémoire de celle qui se sacrifia pour sauver l’un d’entre eux…. »

Le singe et la démone

Pour aller en haut de page Au commencement, selon la légende Bouddhiste, le Bodhisattva de la Compassion Avalokiteshvara (Tib.Chenrezig) s’incarna sur la terre sous la forme d’un singe qui ayant fait voeu de célibat vivait dans la solitude en pratiquant la méditation.

Le singe et la démone « Une démone nommée Senmo, vivait seule elle aussi mais ne pouvant supporter sa solitude, elle passait son temps à pleurer, à chanter et à pleurer encore. L’ogresse était tellement tourmentée que le singe sortit de sa retraite pour la consoler et Senmo l’implora de l’épouser.

Le singe fut pris de compassion mais il ne voulut pas briser ses voeux ni interrompre sa retraite. Cependant devant l’insistance de la démone, il se rendit au Palais céleste du Potala, la demeure d’avalokiteshvara et lui demanda conseil. Le Bodhisattva lui dit que le temps était venu de renoncer à ses voeux et d’épouser Senmo.

L’ogresse et le singe se marièrent donc et de leur union naquirent six enfants qui, toujours selon la légende, donnèrent naissance aux six tribus qui peuplent aujourd’hui le Tibet.

Mais ces enfants et leur progénitures ne trouvèrent bientôt plus rien à manger sur les arbres si bien que le singe retourna au paradis du Potala où Avalokiteshvara lui donna six sortes de grains, l’orges, le blé, le sésame, le riz, le pois et la moutarde, pour nourrir sa nombreuse descendance.

C’est ainsi que seraient apparus les premiers champs cultivés près de Tséthang dans la vallée du Yarlung, vallées qui est toujours considérée comme le berceau de la civilisation tibétaine.

Bientôt la descendance du singe et de la démone fut si nombreuse qu’elle dut se séparer et se disséminer dans toutes les régions du Tibet où, progressivement, elle s’établit en familles et en clans. »

Cette légende fut découverte sur un pilier du Jokhang de Lhassa datant du 7è siècle.

La chèvre dans la légende du Jokhan

Pour aller en haut de pageLa chèvre au moulin à prière La capitale du Tibet, « Lha-Sa » (Terre des Dieux), s’appelait anciennement « Ra-Sa » (Terre des chèvres) et l’on doit à l’édification du Potala ce changement de nom. L’histoire de la chèvre n’a pas été pour autant éliminée au Tibet. Ainsi, l’histoire du Jokhang, la « cathédrale » de Lhassa, est intimement liée aux chèvres. La légende veut que l’on ait eu beaucoup de mal à construire le « Jo », que chaque nuit s’écroulait le travail fait dans la journée. L’explication scientifique en est qu’une source très abondante, reste d’un lac préhistorique, se trouvait en dessous de ce lieu et occasionnait des éboulements de terrain. Un jour, après une prière mystérieuse d’un très vieil homme, la source, dans un grondement souterrain terrifiant, s’est retirée, allant former au loin le grand lac Koukounor.

Alors, on a pu mener à bien la construction du Jokhang et du trou qui se trouvait à la place de la source s’est échappé un troupeau de chèvre, dont une s’est figée en une statue qui se trouve en face du Jokhang. L’on chuchote dans le pays que, lorsque cette statue s’animera, le Tibet sera libre.

Aujourd’hui, en dehors de toute considération religieuse, il existe une coutume qui consiste à enterrer les cornes d’une chèvre lors de la fondation d’une maison.

Dans la religion de Bön, la chèvre avait fait l’objet d’un culte animiste. Elle était censée protéger les troupeaux et même les humains. C’est pourtant dans ces lieux peu hospitaliers que sont nées l’agriculture et la civilisation tibétaine . La chèvre est associée à l’activité céleste au bénéfice de la terre et même plus précisément de l’agriculture et de l’élevage..

Des chèvres blanches auraient contribués à l’édification du palais du Potala à Lhassa (résidence du dalai-lama jusqu’en 1959), transportant sans relâche les pierres sur les chemins escarpés de l’Himalaya